bobineFrançoise Vernaudon

Un destin sous le sceau de la tapisserie d’Aubusson, un écheveau aux couleurs contrastées

Gardienne d’un patrimoine de l’Humanité, elle jette des passerelles vers l’avenir.

bobinesLe travail du lissier envisagé sous l’angle de la pluralité et de l’évolution permanente, la tapisserie d'Aubusson déclinée sous toutes les formes et selon toutes ses perspectives : c’est à cet appel intérieur que répond Françoise Vernaudon, née Besson sous le signe creusois et plus précisément à Aubusson, capitale mondiale de la tapisserie.

Animée depuis l’enfance par toutes les disciplines touchant à la création, lorsque se profile à l’adolescence la nécessité de se prononcer quant à une voie professionnelle, Françoise Vernaudon, instinctivement, se tourne vers l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs d’Aubusson (ENAD), au sein de laquelle elle suit, durant trois ans, une formation rigoureuse et passionnante qui l’amène à côtoyer de près diverses disciplines, telles que la sculpture, le dessin… et bien entendu, vous l’aurez deviné, l’art du lissier sous toutes ses coutures : de la conception, c’est-à-dire de la manière dont naît et commence à prendre forme un projet dans l’esprit du créateur inspiré, à la fabrication, mêlant les différentes phases permettant à l’idée de prendre corps et d’être intégralement réalisée.

Son diplôme de lisser-cartonnier en poche, Françoise Vernaudon rejoint les ateliers Camille Legoueix, qui lui permettent de côtoyer des lissiers à la fois passionnés et chevronnés au contact desquels, durant six années, elle peaufine son art, affine ses méthodes… et, irréversiblement, s’enracine dans cette passion qui, dès lors, ne la quittera plus jamais, se renforçant au gré de l’expérience et des rencontres.

Quant le sort et les flûtes (de laine) s’emmêlent…

bobines multicoloresIronie du sort : une mutation professionnelle de son mari l’entraîne en région parisienne, et la contraint, durant quelques années, à mettre entre parenthèses son projet d’exercer en tant que lissière de manière assidue, c’est-à-dire professionnellement. L’art du lissier étant une spécificité à la région creusoise, forcément… les opportunités sont quasi-inexistantes ! Flûte ! Qu’à cela ne tienne : Françoise Vernaudon, déterminée à préserver son art autant que sa flamme, met cette « parenthèse » à profit afin de continuer à approfondir son apprentissage des techniques et méthodes inhérentes à la tapisserie d’Aubusson. Loin de la capitale mondiale de la Tapisserie d’Aubusson, Françoise Vernaudon envisage néanmoins d’y retourner définitivement le plus rapidement possible. Et même, elle caresse l’idée – pour l’heure, encore un rêve ! –, une fois revenue en terre creusoise, d’y installer « un jour, qui sait », son propre atelier. Pour l’heure, nous sommes en 1988.

Hasard ou coïncidence, à peine formule t’elle intérieurement ce vœu… qu’une exposition dédiée à la Tapisserie d’Aubusson a lieu à Paris !

Certaines traditions chamaniques, toutes de mystère et de magie, ne prétendent-elles pas que dès lors qu’un individu incarne son destin – ce pour quoi il est né -, l’univers met tout en œuvre afin d’indiquer à son protégé qu’il se trouve sur la bonne voie ?

metier a tisserLe destin, sous le visage des heureux hasards, parsème en tous cas ce jour-là sur le chemin de Françoise Vernaudon une nouvelle coïncidence encore plus inouïe, sous la forme d’un cadeau presque tombé du ciel et venu choir à ses pieds ! Un vieux métier à tisser de basse lisse l’attend, dans un état de conservation absolument parfait. Jusque là, il avait été abandonné et délaissé durant de nombreuses années dans un grenier, passant ensuite par les mains d’un propriétaire qui, n’y voyant pour lui-même aucune utilité, est désireux de se séparer de cet objet pour le moins encombrant. Françoise Vernaudon n’en croit pas ses yeux et, lorsqu’elle entend le prix tout à fait dérisoire auquel est disposé à le lui céder le propriétaire, n’en croit pas ses oreilles non plus !

Eprouvant un sentiment de reconnaissance immense envers le destin, Françoise Vernaudon, dès lors, décide de s’atteler avec d’autant plus d’ardeur à la tapisserie. La « parenthèse » en région parisienne s’étend sur quelques années, des années particulièrement prolifiques pour la jeune lissière puisque, dotée de son métier à tisser basse lisse, elle  saisit la moindre opportunité,  qu’il s’agisse de commandes issues d’amateurs ou d’amis, ou encore de créations personnelles, dans le seul but de mettre en pratique toutes les méthodes et tous les procédés acquis au fil des ans. De cette manière, Françoise Vernaudon développe son savoir-faire autant qu’elle sent en elle croître la flamme de sa passion.

Des expériences diversifiées conçues comme autant d’opportunités de se renouveler

bayadereEn 1996, la famille Vernaudon revient au bercail creusois. Durant sept ans, toujours avec passion et enthousiasme, Françoise Vernaudon multiplie les possibilités d’expériences professionnelles et œuvre en tant que lissière au sein de divers ateliers, dont les ateliers René Duché, à Saint Dizier Leyrenne, ainsi qu’aux ateliers Michel Duché, à Aubusson, ou encore à ceux de Jean-Marie et Evelyne Dor. Ces derniers, d’ailleurs, lui offrent pour la première fois l’occasion de travailler directement en collaboration avec un peintre, Noël Pasquier, et de tisser une tapisserie d’Aubusson à partir de l’une de ses œuvres, « Bayadère ».

En 2009, cependant, le sort sème aux pieds de Françoise Vernaudon de bien vilaines farces : elle rencontre… le chômage et, de surcroît, quelques mois plus tard, des ennuis de santé.

Pour Françoise Vernaudon, cependant, il est hors de question de céder à l’apitoiement et de renoncer à poursuivre son petit bonhomme – ou bout de sacrée bonne femme – de chemin. La tombée de métier constitue un moment majeur, puisqu’il consiste en l’achèvement ultime de l’œuvre tissée… mais, pour autant, ne le confondons pas avec le fait de laisser tomber le métier ! Les épreuves auxquelles Françoise Vernaudon se retrouve confrontée, en ce qui la concerne, ne l’amènent pas à commettre l’amalgame et, de chez elle, elle continue de tisser pour son propre plaisir, pour ses amis, ses proches, réalisant quelques commandes lorsque les occasions – trop rares à ce moment-là, bien sûr, mais d’autant plus accueillies comme de réelles bénédictions – se présentent.

Un goût affirmé pour la découverte et tous les possibles qu’offre l’imaginaire

peinture coquelicotsAyant conservé de sa formation à l’ENAD un goût affirmé pour la polyvalence, Françoise Vernaudon croise au détour d’un chemin le Dieu de l’opportunité, qu’on appelle Kaïros, et d’une certaine manière, scelle avec lui un pacte très solennel : celui de ne jamais renoncer et de continuer à mettre à profit le goût de la découverte avec lequel elle est née, de renouveler ainsi l’étrange alliance qu’elle avait eu le sentiment de contracter en 1988 avec le destin, lorsqu’était entré de plein fouet dans sa vie son métier à tisser, devenu depuis son compagnon inséparable. Tout en continuant de tisser, mue par le besoin irrépressible de s’adonner à cet art qui la passionne, elle s’initie également à la peinture à l’huile, qui lui procure une forme d’apaisement et de sérénité.

Motifs floraux déclinés en duos ou en triptyques, thèmes empruntés à des peintres dont elle est admiratrice, comme les figures féminines de Modigliani ou encore la période bleue de Picasso, Françoise Vernaudon fait jaillir d’un coup de pinceau magique un univers coloré, empreint de gaieté et de douceur, et traverse cette période de chômage (et de repos forcé) avec, somme toute, une dose impressionnante de quiétude et de confiance en sa bonne étoile.

En 2009, naissance de l’Atelier : il suffisait de souffler !

… En effet, il suffisait de souffler sur les braises pour que rejaillisse l’étincelle et que soit ravivée la flamme. En d’autres termes, Françoise Vernaudon, tirée en arrière par d’autres mains habiles, sans aucun doute une fois encore celles du destin, se remémore un vieux rêve qu’elle avait presque oublié et qui, à présent, lui apparaît comme une évidence, une aubaine. Un défi à relever.

Avec l’appui et le soutien de son mari, Gilles – son homme à multiples casquettes et cordes à son arc : son agent artistique, son architecte, son partenaire d’exposition, son agent commercial et son responsable de communication -, Françoise Vernaudon inaugure officiellement le 1er septembre 2009 son Atelier, conçu et aménagé sur mesure, chez elle, aux Ansannes, dans un écrin de verdure et de sérénité. Quelques semaines plus tard, nous ne sommes pas à un curieux hasard près... la Tapisserie d'Aubusson est inscrite par l'UNESCO au Patrimoine Immatériel de l'Humanité. Qu’à cela ne tienne, Françoise Vernaudon y voit un nouveau signe, et s’engage à œuvrer autant que possible, selon ses armes de créatrice et de « gardienne », accompagnée de ses confrères du Syndicat des Lissiers de la Tapisserie d’Aubusson, dans le sens d’une pérennisation et d'un renouvellement de ce savoir-faire, son objectif étant qu’il ne tombe ni en déclin, ni dans l’oubli.

tissage d'une tapisserie aubusson

Un déploiement constant... un rayonnement

Depuis, Françoise Vernaudon, en effervescence, enchaîne avec délectation les tapisseries d’Aubusson, soit pour son propre plaisir ou en vue des commandes qui lui sont passées, des projets pour lesquels elle est sollicitée, émanant à la fois de particuliers (amateurs, collectionneurs), de sociétés, d'artistes professionnels ou de collectivités (des marchés publics: à titre d'exemple, l’œuvre réalisée en 2011 à partir d’une peinture de Mencoboni, destinée à orner les murs de la Préfecture de Guéret). Puisant sa force dans la foi et la confiance en ce savoir-faire ancestral, en ses multiples possibilités, elle met tout en œuvre afin de contribuer à son rayonnement.

francoise-vernaudon-atelierC’est ainsi qu’en 2011, avec le soutien et l’encouragement de l’Office de Tourisme de Boussac, et du Conseiller Général du canton de Boussac, Roger Bléron, elle rejoint à son tour la Route des Métiers d’Art du Limousin, s’engageant par là même à respecter une charte dont chaque point vise à l’ouverture et à la disponibilité envers le public.
Parallèlement, toujours ravie à l’idée de pouvoir communiquer sa passion, et sans doute séduite par le désir de faire naître de nouvelles vocations, Françoise Vernaudon accueille également dans son « antre » des groupes (associations, amicales…), des écoles, des stagiaires.
Discrètement, avec l’humilité et la patience qui caractérisent le lissier, Françoise Vernaudon, animée d’une passion, d’une vocation dont elle estime avoir eu la chance de pouvoir en faire sa profession… le plus simplement du monde, rayonne. Et sans doute, déjà, porte en elle, prêt à être conçu, élaboré puis tissé... votre projet.

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